Veneno

Veneno est une artiste graffeuse, muraliste et graveuse aujourd’hui basée à Nantes, dont le travail mêle puissance graphique, engagement politique et intensité émotionnelle. Depuis près de vingt ans, elle développe une pratique profondément ancrée dans les luttes sociales, où l’art devient à la fois un outil d’expression, de transmission et de résistance. 

Passionnée de dessin depuis l’enfance, elle découvre le graffiti à l’adolescence, fascinée autant par les murs peints aperçus à Paris que par la liberté offerte par la bombe aérosol et sa capacité à investir de grands formats. Elle commence véritablement à peindre en 2006 et développe d’abord un travail influencé par le réalisme et le figuratif. Mais au fil du temps, son approche évolue : au-delà de la performance technique, ce sont désormais les émotions, les regards et les tensions humaines qui deviennent centraux dans son œuvre. 

Son univers visuel, marqué par l’usage du noir et blanc, puise autant dans les gravures de Gustave Doré que dans des références graphiques plus contemporaines comme Sin City. Cette dualité traverse toute sa démarche : douceur et dureté, poésie et violence, intimité et engagement politique coexistent dans des œuvres où les regards jouent souvent un rôle essentiel. Veneno commence fréquemment ses portraits par les yeux, cherchant à y transmettre toute la charge émotionnelle de ses personnages. 

Une étape décisive de son parcours se joue au Mexique, où elle séjourne plusieurs années à partir de 2016. À Oaxaca, ville marquée par une forte tradition de gravure militante et de luttes sociales, elle découvre une autre manière d’articuler création artistique et engagement politique. Elle rejoint alors le collectif révolutionnaire ASARO (Asamblea de Artistas Revolucionarios de Oaxaca), avec lequel elle réalise de grandes gravures imprimées puis collées dans l’espace public, abordant des sujets liés aux frontières, aux violences d’État ou aux mouvements sociaux d’Amérique latine. 

Cette expérience transforme profondément sa pratique. Elle y découvre également le milieu carcéral, en intervenant dans une prison mexicaine. Cette rencontre donnera naissance au Proyecto Vándalo, un atelier de gravure mené avec des détenus, produisant plusieurs dizaines d’œuvres réalisées intégralement en prison. Depuis, les questions d’enfermement, de liberté et de dignité humaine irriguent durablement son travail et ses engagements. 

Revenue en France en 2020, Veneno rejoint rapidement le mouvement Black Lines, collectif d’artistes liant création visuelle et luttes sociales. Au sein de ce mouvement, elle participe à la réalisation de fresques militantes et de grandes banderoles déployées lors de manifestations, avec une esthétique volontairement limitée au noir et blanc pour renforcer la force graphique et l’unité des messages. Cette pratique collective prolonge sa vision d’un art directement connecté au réel, pensé comme un espace d’expression populaire et politique. 

Parallèlement à ses projets militants, Veneno poursuit une pratique personnelle de muralisme, réalisant des œuvres en France et surtout à l’international — du Togo à La Réunion, en passant par le Mexique, le Pérou ou plusieurs villes françaises. Ses personnages masqués, ses couples cagoulés ou ses figures suspendues entre tendresse et tension sont devenus emblématiques de son univers.