ERRE ERRE

Erre a peint un moment d’alliance. Trois filles masquées, pince coupante au poing : le grillage ploie, la frontière s’ouvre. Le mur reste en noir & blanc pour que chacun·e y projette sa propre couleur.

« Je pense que chaque personne peut donner le sens qu’elle veut et comprendre le dessin à sa façon. »

Mais l’artiste est tout de même guidée par ses propres intentions :

« Déviantes, bruyantes, débordantes, folles, audacieuses.
Elles agissent et pensent à côté de la norme.
Elles doutent, décident, ré-imaginent.
Elles refusent cages, étiquettes, comparaisons.
Leur pire adversaire : l’autorité sous toutes ses formes, uniforme ou non.
Elles s’entraînent à franchir les règles absurdes et à esquiver les regards qui jugent.
Dans leurs temps libres elles dansent, elles luttent avec elles-mêmes,
elles savourent la solitude, puis se retrouvent en meute pour démolir… et reconstruire. »

La fresque n’appelle ni drapeau ni frontière : elle propose un passage où la sororité est une arme contre l’autorité

Originaire de Zipaquirá, en Colombie, Erre est une artiste muraliste, illustratrice et activiste dont le travail allie puissance graphique et engagement social. Diplômée en design industriel de l’Université Nationale de Colombie, elle découvre très tôt l’univers du street art dans les rues de Bogotá, fascinée par la force de l’image et la capacité du mur à devenir support de contestation.

Son pseudonyme, « Erre », simple et incisif, évoque la prononciation forte de la lettre “R” dans son prénom, mais aussi une volonté de se forger une identité visuelle neutre, accessible, directe. Une signature qui s’impose par la lisibilité, comme ses œuvres, immédiatement reconnaissables.

Erre débute par des techniques brèves, mobiles et accessibles : pochoirs, affiches, stickers. Mais très vite, elle affirme une esthétique puissante : des figures féminines affirmées, des personnages hybrides, des typos marquées et des slogans percutants qui dénoncent la violence, la corruption, le sexisme, et les abus de pouvoir. L’influence de la culture punk et des mouvements féministes latino-américains irrigue son travail, ancré dans les luttes sociales et la défense des droits humains.

Présente sur les murs de Bogotá, mais aussi à Los Angeles, Barcelone, Quito, Londres, Berlin, ou encore dans plusieurs villes françaises, Erre est aujourd’hui l’une des figures montantes de l’art urbain politique. Son œuvre a également été saluée dans la presse culturelle colombienne (Cartel Urbano, El Tiempo) et européenne.

Au-delà de l’image, Erre revendique une pratique militante de l’espace public : pour elle, peindre dans la rue, c’est réaffirmer son droit à exister, à contester, à représenter des corps et des messages invisibilisés. Chacune de ses créations vise à ouvrir un dialogue avec les passants, à bousculer, à éveiller les consciences par l’esthétique et le choc poétique.